|
Quelques jours après la mort du roi Hassan II, l'Egyptien Mohammed hassanine Haïkel publiait dans la revue Wijhate Nadhar (point de Vue) une série d'articles consacrés à certains aspects cachés de la vie du disparu, notamment ses rapports intimes avec les services secrets israéliens.
Dans la foulée, plusieurs magazines et journaux marocains –recevant le signal 5/5- s'empressèrent de prendre sa relève pour raconter, dévoiler et condamner ce qui fut désormais appelé: "années de plomb". Depuis, et jusqu'à aujourd'hui, les épisodes de ce mauvais feuilleton n'en finissent pas de se succéder, jetant soi-disant la lumière sur les faces sombres de cette figure historique qui a "marqué de son empreinte indélébile la mémoire de plusieurs générations marocaines"…et les témoignages ne tarissent pas sur ses méfaits. Ainsi tel journal consacre tout un dossier à ses rapports avec les artistes,tel autre se penche sur l'Affaire Oufkir, un troisième examine à la loupe ses relations avec la gente féminine…et la liste n'en finit pas de s'étaler . Quoi de plus naturel, s'empressera-t-on de répliquer:" le rideau de fer " étant levé, les langues peuvent maintenant se délier et les cœurs se confier…ce qui est effectivement vrai! Par contre ,ce qui me répugne le plus dans le comportement de certains, pour ne pas dire de nombreuses gens,c'est cette pusillanimité méprisable qui leur colle à la peau. Où étiez-vous donc, vaillants démocrates, libres penseurs, nobles consciences, militants incorruptibles, lorsque des vies entières étaient saccagées, des dignités bafouées et des valeurs jetées au feu. Avouons-le ,certains d'entre vous, assez rares , se sont abstenus d'applaudir l'oppression;mieux encore, ils ont donné leur vie,sacrifié leur carrière et l'existence des leurs pour la cause de la justice,Mais vous ,l'élite de l'élite, militants d'hier, combattants de la juste cause, vous en étiez arrivés à un stade où la vie était mauvaise conseillère: ce que vous aviez fait était amplement suffisant, maintenant l'heure était venue pour se faire rembourser et recevoir le prix des sacrifices –si sacrifices il y avait. Ce fut le signal pour la course aux privilèges: le discours se métamorphosa, l'idéologie changea de couleur et la gauche changea brusquement de cap, devenant sur le coup plus "droitière" que la droite, plus royaliste que le roi. Pour ne pas manquer la cérémonie du partage, il fallait s'empresser de courber l'échine et de baiser les mains, sinon les pieds, on excusa l'inexcusable.Les acrobaties se firent de plus en plus audacieuses, de plus en plus insolentes. Maintenant que" le chat n'est plus là", les souris peuvent danser à leur guise , changer de costume de bal et se défoncer la mâchoire en criant :"A bas les années de plomb et vive la nouvelle ère".Bels échantillons que voilà à examiner, à contempler pour s'écrier:" Soubhana Allah". Quand je passe devant les kiosques et regarde les titres de nos journaux ( dont la une n'est qu'un emballage cachant une marchandise périmée), mon estime, mon admiration pour M. Abdessalam Yassine ne cesse de croître: un homme, un inconnu pour l'histoire officielle qui surgit et jette à la face du tyran la vérité que les autres se tuent à lui cacher et l'appelle au repentir et à entamer la véritable réforme. Cela en 1974!Après 2 coups d'état avortés et un attentat "terroriste" tué dans l'œuf, après que Hassan II déclara à son "cher peuple" que ,désormais, il n'aurait plus de confiance en personne , qu'il n'y aurait plus de pitié pour les "traîtres"… Que Dieu te fasse don de son amour, noble âme!
|