| Abdessalam YASSINE, un parcours de combattant (1) |
| Écrit par Jaouad Benomar | |
| 30-12-2006 | |
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Je me souviens bien de cette année-là. On avait apporté à la maison une boîte noire avec un étrange écran blanc.On l'avait mise sur une petite table dans un petit coin où tout le monde pouvait la voir. C'était le cadeau de ma tante à mes grands-parents avec lesquels je vivais. Quelqu'un avait appuyé sur un bouton, un petit flash et, soudain…Oh miracle! Une image apparut, des cris qui se mêlaient à des sons de détonations! C'était la fête de l'Aïd Elkébir et Hassan II faisait exécuter ceux qui avaient tenté de le tuer au palais de Skhirat, le 9 juillet précédent.
L'année suivante connut un rebondissement spectaculaire:le Général Oufkir, main droite de Hassan II, tenta de l'assassiner en faisant bombarder le bœing qui le ramenait de France. Cette fois encore, le coup d'état avorta, son ingénieur fut liquidé et Hassan II en tira leçon .Désormais, il n'aurait aucune pitié pour les traîtres (comprendre: les opposants).Et nous connaissons la suite.Les années de plomb commencèrent avec leur cortège de tragédies:Tazmammart, le sort de la famille Oufkir, les disparitions, l'étouffement dans le sang des soulèvements populaires, etc. Plus rien ne semblait pouvoir contredire le Roi dans ses dires et faire.
C'est à ce moment précis de l'histoire qu'une voix inconnue s'éleva pour s'adresser au tyran:un inconnu qui ne s'était jamais manifesté dans l'histoire contemporaine du Maroc,qui n'a pas participé au combat pour l'indépendance du pays ,ni pris part aux querelles qui ont suivi celle-ci, "un fils de paysan berbère,un pauvre esclave de Dieu" qui exhortait le despote à entamer le processus du changement véritable qui apporterait à son "cher peuple" justice et équité. Pourtant, M. Abdessalam Yassine n'était pas une personne quelconque. C'était un érudit qui avait presque atteint le sommet de la hiérarchie de l'Education Nationale. Après avoir appris le Saint Coran dans un institut islamique de Marrakech, il avait commencé, en autodidacte confirmé, à explorer le monde des langues étrangères dont il maîtrisa au moins 4: le français bien sûr, l'anglais, l'allemand et le russe .Ce qui lui permit d'être au fait de la pensée que chacune véhicule. Son savoir s'étendait chaque jour pour toucher à tous les champs de la connaissance humaine: philosophie, sciences humaines, sciences de la nature, linguistique, etc. Sa situation lui permettait de vivre confortablement et d'avoir un statut social que plusieurs gens lui enviaient. Comment donc a-t-il pu sacrifier tout cela? Et pourquoi s'était-il engagé dans cette voie semée de périls et jalonnée d'épreuves? Et on connaît la suite des évènements: Hassan II fut irrité par une telle audace qui avait pour lui valeur de lèse –majesté mais il se contenta de le faire enfermer dans un asile psychiatrique pendant trois années. Qu'est-ce qui l'avait donc empêché de rayer ce "sacrilège" de la liste des vivants, lui qui avait réduit à néant tant d'existences? Une question qu'un certain nombre de chercheurs et d'observateurs étrangers -américains notamment- se poseront et posent encore avec surprise. A sa sortie de l'hôpital psychiatrique, M. Abdessalam Yassine trouva un Maroc différent de celui qu'il avait quitté en 1974.La Marche Verte avait sauvé un trône qui vacillait et le peuple était, désormais, tenu en otage: Priorité absolue à la première cause nationale, celle de l'intégrité territoriale, toutes les autres étaient reportées aux calendes grecques. Aussi pouvait-il en toute quiétude se dire qu'il avait accompli plus que son devoir, qu'il avait bien gagné un repos bien mérité et que, de toute façon, il ne pouvait se dresser devant un pouvoir plus fort que jamais, plus impitoyable que jamais. Mais, c'était mal connaître la trempe de cet homme. Le combat ne faisait que commencer. A suivre… |